Blog prof. René Prêtre

Juni 03 2026

J4 – 3 juin 2026

Post by René Prêtre

Juni 03 2026

Aujourd’hui, la journée a démarré par une réopération.
Il s’agissait d’une fillette de douze ans que j’avais opérée il y a bien longtemps. Elle n’avait alors que six mois. Nous avions fermé une communication entre les deux ventricules, ce que l’on appelle communément un « trou dans le cœur ».
Au fil du temps, elle a développé ce que l’on appelle une membrane sous-aortique. Il s’agit d’une prolifération de tissu fibreux qui apparaît parfois après ce type de correction. On pense qu’elle est favorisée par les turbulences du flux sanguin à proximité du patch utilisé pour fermer la communication. Progressivement, ce tissu cicatriciel s’épaissit et rétrécit le passage entre le ventricule gauche et l’aorte.
C’est un cercle vicieux. Plus le passage se rétrécit, plus les turbulences augmentent. Plus les turbulences augmentent, plus du tissu fibreux se développe. Au fil des années, cette obstruction devient progressivement significative. Les premiers symptômes apparaissent alors : essoufflement à l’effort, fatigue plus rapide. Si rien n’est entrepris et que la situation continue à évoluer, cette obstruction peut même devenir dangereuse et favoriser, dans les cas extrêmes, une mort subite.
Cette évolution n’est pas fréquente, mais elle est connue. Nous la rencontrons parfois une dizaine d’années après la correction initiale d’une communication interventriculaire. En dehors du fait qu’il s’agissait d’une réopération — toujours un peu plus délicate en raison des adhérences qui se sont formées autour du cœur — l’intervention s’est déroulée sans difficulté particulière. Toute la membrane fibreuse et cd tissus cicatriciel a pu être excisée. A la fin de l’opération, le passage était redevenu largement ouvert et l’échographie ne montrait plus aucune perte de pression à ce niveau. Autrement dit, l’obstacle avait complètement disparu.
C’est évidemment de bon augure pour l’avenir. Une récidive reste théoriquement possible, mais lorsqu’une membrane est retirée aussi complètement plus de dix ans après la première intervention, cela devient très rare. Vu l’excellent résultat obtenu aujourd’hui, je pense que cette enfant est désormais à l’abri des chirurgiens cardiaques.
Et c’est certainement une bonne nouvelle pour elle.

Le deuxième cas présentait un canal atrioventriculaire complet avec une fuite importante des valves situées entre les ventricules et les oreillettes. C’est toujours une correction délicate à réaliser. Le travail sur ces valves très fines, dont les cordages tiennent davantage de la toile d’araignée que d’un tissu véritablement solide, exige une concentration extrême, une grande précision et surtout un doigté parfaitement maîtrisé. Il suffit qu’un de ces cordages se rompe au cours d’une manœuvre pour se retrouver devant une situation particulièrement compliquée à corriger. La fermeture de la communication entre les ventricules est également plus difficile à réaliser que dans les formes classiques. Les repères anatomiques sont moins évidents et la forme du patch nécessite toujours de nombreux ajustements avant de trouver sa position idéale. Au final, notre réparation était bonne.
Il persistait une fuite minuscule du côté gauche du cœur, entre le ventricule et l’oreillette, mais les deux moitiés du cœur étaient parfaitement séparées et surtout le cœur avait repris son travail avec une force tout à fait normale.
On peut donc considérer cet enfant comme pratiquement guéri. A moins qu’il ne développe lui aussi, comme l’enfant précédent, une membrane sous-aortique. Ce risque existe, mais il reste faible. Pas sûr, en revanche, que je sois encore suffisamment vaillant pour m’occuper de lui si cette éventualité devait se réaliser dans une dizaine d’années…

Le dernier cas fut plus simple : une communication interventriculaire classique. Celle-ci fut rapidement fermée de manière étanche. Le cœur est bien reparti et, en moins de deux heures, l’enfant regagnait les soins intensifs en très bonne condition. Une belle manière de terminer cette longue journée opératoire.
Béatriz avait prévu un souper avec les premiers invités déjà arrivés pour le symposium qui débutera après-demain. Nous nous sommes donc retrouvés dans un restaurant offrant une jolie vue sur l’océan. Les discussions ont naturellement beaucoup tourné autour de ces vingt-cinq années d’activité.
Pour ma part, je dois reconnaître que la fatigue commençait à se faire sentir. Vers 21 heures, je me suis donc discrètement excusé auprès de mes collègues et amis avant de regagner mon hôtel. Il me restait encore une tâche importante à accomplir … bloguer, et surtout me reposer.