Blog prof. René Prêtre

Juin 02 2026

J3 – 2 juin 2026

Post by René Prêtre

Juin 02 2026

Longue journée que celle-ci. Longue et finalement assez difficile.
Nous avions programmé deux cas de difficulté moyenne à sévère, suivis d’un troisième plus simple, destiné à terminer la journée. Nous savions que cette journée serait la plus éprouvante de la mission. Et cela s’est confirmé : les deux premiers cas nous ont donné davantage de fil à retordre que prévu.
Les corrections elles-mêmes se sont bien déroulées. Cependant, l’échographie que nous réalisons systématiquement à la sortie de circulation extracorporelle (c’est-à-dire à l’arrêt de la machine cœur-poumon), cannules toujours en place, montrait certes, les deux fois, une bonne correction, mais pas une correction parfaite.
Dans le passé, nous aurions probablement accepté ce résultat. C’était d’ailleurs la norme à une époque où cette échocardiographie peropératoire n’existait pas encore. Aujourd’hui, les choses ont bien changé avec cet examen si précieux qui permet d’évaluer immédiatement le résultat de notre travail et, lorsque cela semble techniquement réalisable, de l’améliorer.
C’est une philosophie que j’ai toujours défendue. Si un défaut résiduel peut être amélioré dans la même séance, je préfère repartir en circulation extracorporelle et le corriger plutôt que de laisser à l’enfant une imperfection qui pourrait devenir problématique plus tard.
Bien entendu, ces « second run » ont un prix. Chaque retour en circulation extracorporelle prolonge l’intervention de trois quarts d’heure à une heure. Il faut remettre le cœur au repos, réouvrir l’incision, effectuer la correction complémentaire puis recommencer tout le processus de sevrage de la machine. Aujourd’hui, nous avons effectué ces deux « second run », qui nous ont permis d’atteindre une correction parfaite. Mais voilà, au moment où le deuxième cas fut terminé, l’horloge affichait déjà 17 heures.
Nous nous sommes regardés. Chacun savait que nous avions décidé de forcer le programme afin d’opérer tous les enfants vus en début de mission. Il n’était donc pas question d’abandonner déjà au deuxième jour. Nous avons fait venir le troisième enfant.
Heureusement, ce dernier cas était plus simple et a pu être réglé sans difficulté particulière.
La nuit était bien noire lorsque je suis sorti de l’ICOR. Mais en Afrique, les nuits m’ont toujours semblé plus profondes que chez nous, et les étoiles plus brillantes. Lorsque je suis rentré à l’hôtel, j’étais vraiment fatigué. Après avoir mangé rapidement quelque chose de nourrissant et surtout pris le temps de bien me réhydrater, je suis allé me coucher directement. Comme les poules, ou presque.

Cette nuit-là fut particulièrement réparatrice. Elle m’a permis non seulement de récupérer de cette longue journée, mais aussi de combler une partie du déficit de sommeil accumulé durant le voyage et les deux premières nuits de la mission.