Blog prof. René Prêtre

Juin 01 2026

J2 – 1er juin 2026

Post by René Prêtre

Juin 01 2026

Nous avons commencé cette mission sur les chapeaux de roue.
Comme prévu, nous allons essayer de contracter cinq jours opératoires en quatre. Pour y parvenir, nous avons programmé trois opérations par jour durant les trois premières journées, puis les deux derniers cas la veille du symposium.
Chez nous, un tel programme serait tout simplement impossible à tenir. Ne serait-ce qu’en raison des règles de stérilité. Après chaque intervention, l’ensemble du bloc opératoire doit être minutieusement nettoyé et désinfecté. Le temps nécessaire pour ce travail avoisine les deux heures. Deux heures avant même de pouvoir envisager le début de l’opération suivante.
Ici, au Mozambique, les choses se passent différemment. L’enfant fraîchement opéré est transféré de la table d’opération sur un lit mobile pour rejoindre les soins intensifs. Le matelas en plastique est rapidement nettoyé et désinfecté, recouvert d’un nouveau drap. Un coup de panosse sur le sol pour que tout soit propre et brillant, et l’enfant suivant est déjà installé sur la table d’opération, prêt à être équipé et endormi. Les cas peuvent s’enchaîner à grande vitesse. La latence entre deux interventions dépasse rarement une demi-heure.

La première opération fut assez difficile.
Il fallait réparer une valve aortique dont les feuillets étaient rétractés et englués dans un tissu fibreux cicatriciel. Le geste exigeait une maîtrise parfaite. Toute la difficulté consistait à retrouver le plan de clivage entre ces formations fibreuses rigides et le tissu valvulaire natif, d’une finesse extrême, fragile au point de pouvoir se déchirer au moindre faux mouvement.
Dans ce type de situation, seule une approche lente, progressive, associée à une concentration absolue permet d’éviter l’accident. Au terme de la réparation, la valve se fermait parfaitement. L’échographie transœsophagienne ne montrait plus qu’une fuite microscopique. Autant dire que cette valve était redevenue normale.

Le deuxième cas fut déjà plus facile, même si son anatomie était inhabituelle. Sozinho m’a avoué n’avoir jamais rencontré une configuration semblable. Heureusement, après quelques minutes d’observation, j’ai retrouvé les repères anatomiques classiques qui permettent de s’orienter dans ce type de malformation. La correction a ensuite pu être réalisée sans difficulté majeure et le résultat était excellent.

Le dernier cas, commencé en fin d’après-midi, ne présentait pas de difficulté particulière. Il fut corrigé rapidement et sans surprise.

Au final, cette première journée fut particulièrement bien remplie, mais surtout très bien réalisée. Les trois enfants vont bien. Les corrections sont de qualité et nous avons tenu le rythme que nous nous étions fixé.
Tout cela est de bon augure pour les jours à venir, durant lesquels nous allons essayer non seulement de maintenir cette cadence, mais aussi de préserver cette même qualité de travail.